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Méditations sur un cadavre

Méditations sur un cadavre
Le texte à pirater.
L'anticahier à brûler.

Méditations sur un cadavre

Le gouvernement de juin 1936 n’est plus. Libérés les uns et les autres de nos obligations de partisans ou d’adversaires envers cette chose à présent défunte, soustraite à l’actualité, devenue aussi étrangère à nos préoccupations d’avenir que la constitution d’Athènes, tirons du moins des leçons de cette brève histoire, qui a été un beau rêve pour beaucoup, un cauchemar pour quelques-uns.

Rêve ou cauchemar, il y a eu quelque chose d’irréel dans l’année qui vient de s’écouler. Tout y a reposé sur l’imagination. Qu’on se rappelle avec un peu de sang-froid cette histoire prodigieuse, si proche encore, et déjà, hélas, si lointaine. Entre le mois de juillet 1936 et, par exemple, le mois de février de la même année, quelle différence y avait-il dans les données réelles de la vie sociale ? Presque aucune ; mais une transformation totale dans les sentiments, comme pour ce crucifix de bois qui exprime la sérénité ou l’agonie selon qu’on le regarde d’un point ou d’un autre. Le pouvoir semblait avoir changé de camp, simplement parce que ceux qui, en février, ne parlaient que pour commander, se croyaient encore trop heureux, en juillet, qu’on leur reconnût le droit de parler pour négocier ; et ceux qui, au début de l’année, se croyaient parqués pour la vie dans la catégorie des hommes qui n’ont que le droit de se taire, se figurèrent quelques mois plus tard que le cours des astres dépendait de leurs cris.

L’imagination est toujours le tissu de la vie sociale et le moteur de l’histoire. Les vraies nécessités, les vrais besoins, les vraies ressources, les vrais intérêts n’agissent que d’une manière indirecte, parce qu’ils ne parviennent pas à la conscience des foules. Il faut de l’attention pour prendre conscience des réalités même les plus simples, et les foules humaines ne font pas attention. La culture, l’éducation, la place dans la hiérarchie sociale ne font à cet égard qu’une faible différence. Cent ou deux cents chefs d’industrie assemblés dans une salle font un troupeau à peu près aussi inconscient qu’un meeting d’ouvriers ou de petits commerçants. Celui qui inventerait une méthode permettant aux hommes de s’assembler sans que la pensée s’éteigne en chacun d’eux produirait dans l’histoire humaine une révolution comparable à celle apportée par la découverte du feu, de la roue, des premiers outils. En attendant, l’imagination est et restera dans les affaires des hommes un facteur dont l’importance réelle est presque impossible à exagérer. Mais les effets qui peuvent en résulter sont bien différents selon qu’on manie ce facteur de telle ou telle manière, ou bien qu’on néglige même de le manier. L’état des imaginations à tel moment donne les limites à l’intérieur desquelles l’action du pouvoir peut s’exercer efficacement à ce moment et mordre sur la réalité. Au moment suivant, les limites se sont déjà déplacées. Il peut arriver que l’état des esprits permette à un gouvernement de prendre une certaine mesure trois mois avant qu’elle ne devienne nécessaire, alors qu’au moment ou elle s’impose l’état des esprits ne lui laisse plus passage. Il fallait la prendre trois mois plus tôt. Sentir, percevoir perpétuellement ces choses, c’est savoir gouverner.

Le cours du temps est l’instrument, la matière, l’obstacle de presque tous les arts. Qu’entre deux notes de musique une pause se prolonge un instant de plus qu’il ne faut, que le chef d’orchestre ordonne un crescendo à tel moment et non une minute plus tard, et l’émotion musicale ne se produit pas. Qu’on mette dans une tragédie à tel moment une brève réplique au lieu d’un long discours, à tel autre un long discours au lieu d’une brève réplique, qu’on place le coup de théâtre au troisième acte au lieu du quatrième, et il n’y a plus de tragédie. Le remède, l’intervention chirurgicale qui sauve un malade à telle étape de sa maladie aurait pu le perdre quelques jours plus tôt. Et l’art de gouverner serait seul soustrait à cette condition de l’opportunité ? Non, il y est astreint plus qu’aucun autre. Le gouvernement aujourd’hui défunt ne l’a jamais compris. Sans même parler de la sincérité, de la sensibilité, de l’élévation morale qui rendent Léon Blum cher, à juste titre, à ceux que n’aveugle pas le parti pris, où trouverait-on, dans les sphères politiques françaises, un homme d’une pareille intelligence ? Et pourtant l’intelligence politique lui fait défaut. Il est comme ces auteurs dramatiques qui ne conçoivent leurs ouvrages que sous la forme du livre imprimé ; leurs pièces de théâtre ne passent jamais la rampe, parce que les choses qu’il faut ne sont jamais dites au moment qu’il faut. Ou comme ces architectes qui savent faire sur le papier de beaux dessins, mais non conformes aux lois des matériaux de construction. On croit d’ordinaire définir convenablement les gens de ce caractère en les traitant de purs théoriciens. C’est inexact. Ils pèchent non par excès, mais par insuffisance de théorie. Ils ont omis d’étudier la matière propre de leur art.

La matière propre de l’art politique, c’est la double perspective, toujours instable, des conditions réelles d’équilibre social et des mouvements d’imagination collective. Jamais l’imagination collective, ni celle des foules populaires, ni celle des dîners en smoking, ne porte sur les facteurs réellement décisifs de la situation sociale donnée ; toujours ou elle s’égare, ou retarde, ou avance. Un homme politique doit avant tout se soustraire à son influence, et la considérer froidement du dehors comme un courant à employer en qualité de force motrice. Si des scrupules légitimes lui défendent de provoquer des mouvements d’opinion artificiellement et à coups de mensonges, comme on fait dans les États totalitaires et même dans les autres, aucun scrupule ne peut l’empêcher d’utiliser des mouvements d’opinion qu’il est impuissant à rectifier. Il ne peut les utiliser qu’en les transposant. Un torrent ne fait rien, sinon creuser un lit, charrier de la terre, parfois inonder ; qu’on y place une turbine, qu’on relie la turbine à un tour automatique, et le torrent fera tomber des petites vis d’une précision miraculeuse. Mais la vie ne ressemble nullement au torrent. Elle peut sembler un résultat insignifiant au regard de ce formidable fracas ; mais quelques-unes de ces petites vis placées dans une grosse machine pourront permettre de soulever des rochers qui résistaient à l’élan du torrent. Il peut arriver qu’un grand mouvement d’opinion permette d’accomplir une réforme en apparence sans rapport avec lui, et toute petite, mais qui serait impossible sans lui. Réciproquement il peut arriver que faute d’une toute petite réforme un grand mouvement d’opinion se brise et passe comme un rêve.

Pour prendre un exemple parmi bien d’autres, au mois de juin 1936, parce que les usines étaient occupées et que les bourgeois tremblaient au seul mot de soviet, il était facile d’établir la carte d’identité fiscale et toutes les mesures propres à réprimer les fraudes et l’évasion des capitaux, bref d’imposer jusqu’à un certain point le civisme en matière financière. Mais ce n’était pas encore indispensable, et l’occupation des usines accaparait l’attention du gouvernement comme celle des multitudes ouvrières et bourgeoises. Quand ces mesures sont apparues comme la dernière ressource, le moment de les imposer était passé. Il fallait prévoir. Il fallait profiter du moment où le champ d’action du gouvernement était plus large qu’il ne pouvait jamais l’être par la suite pour faire passer au moins toutes les mesures sur lesquelles avaient trébuché les gouvernements de gauche précédents, et quelques autres encore. C’est là que se reconnaît la différence entre l’homme politique et l’amateur de politique. L’action méthodique, dans tous les domaines, consiste à prendre une mesure non au moment où elle doit être efficace, mais au moment où elle est possible en vue de celui où elle sera efficace. Ceux qui ne savent pas ruser ainsi avec le temps, leurs bonnes intentions sont de la nature de celles qui pavent l’enfer.

Parmi tous les phénomènes singuliers de notre époque, il en est un digne d’étonnement et de méditation ; c’est la social-démocratie. Quelles différences n’y a-t-il pas entre les divers pays européens, entre les divers moments critiques de l’histoire récente, entre les diverses situations ! Cependant, presque partout, la social-démocratie s’est montrée identique à elle-même, parée des mêmes vertus, rongée des mêmes faiblesses. Toujours les mêmes excellentes intentions qui pavent si bien l’enfer, l’enfer des camps de concentration. Léon Blum est un homme d’une intelligence raffinée, d’une grande culture ; il aime Stendhal, il a sans doute lu et relu La Chartreuse de Parme ; il lui manque cependant cette pointe de cynisme indispensable à la clairvoyance. On peut tout trouver dans les rangs de la social-démocratie, sauf des esprits véritablement libres. La doctrine est cependant souple, sujette à autant d’interprétations et modifications qu’on voudra ; mais il n’est jamais bon d’avoir derrière soi une doctrine, surtout quand elle enferme le dogme du progrès, la confiance inébranlable dans l’histoire et dans les masses. Marx n’est pas un bon auteur pour former le jugement ; Machiavel vaut infiniment mieux.

Méditation sur un cadavre (variante)

Il n’y a pas de difficultés économiques. Il n’y a que des difficultés politiques.

Les hommes se résignent plus facilement à leurs souffrances s’ils les croient imposées par le pouvoir que s’ils croient que le pouvoir essaie de les en délivrer sans y parvenir. Car, par une singulière aberration, le pouvoir leur semble une force plus invincible que la nature des choses.

Le gouvernement de Front populaire — le premier, celui qui restera sous ce nom — est mort ; il appartient désormais à l’histoire, il est aussi passé que le règne d’Antonin ou de Caligula ; et, déliés de toute obligation de partisans ou d’adversaires à son égard, nous pouvons, en simples spectateurs, rêver librement devant son cadavre.

Combien l’heure où il s’est formé est proche et lointaine ! Heure de cauchemar pour quelques-uns ; pour beaucoup, songe merveilleux, ivresse des Saturnales où l’âme, depuis longtemps contractée par la soumission et la contrainte, se dilate dans l’extase d’une délivrance à laquelle elle ne croit qu’à moitié. Pour tous, atmosphère de rêve, d’irréalité. C’était en effet comme un rêve. Car qu’y avait-il de changé, entre mars 1936 et juin de la même année, dans les forces dont l’équilibre constituait la société française ? Rien, sinon que ceux qui en mars ne parlaient que pour commander se trouvaient trop heureux, en juin, qu’on voulût bien encore leur laisser la parole pour émettre des avis ; ceux qui en hiver se croyaient parqués jusqu’à la mort dans le troupeau à qui on accorde seulement le droit de se taire imaginaient, au solstice d’été, que leurs cris pouvaient changer le cours des astres.

L’imagination collective, dont les soudains retournements feront toujours le désespoir de ceux qui désirent comprendre l’histoire, est un facteur réel de la vie sociale, et des plus importants. Dans une certaine mesure elle modèle la réalité à son image, en ce sens que tant que la multitude souffrante croit ne rien pouvoir, elle ne peut effectivement rien ; et quand elle croit tout pouvoir, elle peut effectivement quelque chose, jusqu’au jour où, sentant que ce quelque chose n’est pas tout, elle retombe dans son premier sentiment d’impuissance. Retz analysait supérieurement ce jeu de pendule. On peut en dire autant d’ailleurs, toute proportion gardée, de tous les groupements sociaux susceptibles d’avoir part au pouvoir. Mais l’imagination collective est instable, et ses reflux ne laissent le plus souvent après eux rien qui ressemble aux images qu’elle portait dans son flux.

L’art politique consiste à prévoir plus ou moins ces oscillations mystérieuses, à les sentir quand elles se produisent, à utiliser à chaque moment dans sa plénitude cette force que constitue l’imagination collective, force aveugle et qu’un homme qui sait où il va peut diriger ; à en diminuer par des artifices les remous. Car il y a un art politique. Les dictateurs le savent ; rien de plus raffiné que la manière dont gouverne Mussolini, ou même Hitler, ou même Staline. Les démocrates l’ignorent, du moins en France, car il se peut que par exemple Roosevelt ne l’ignore pas. Nos hommes de gauche, et particulièrement nos socialistes, gouvernent comme si le choix du moment, l’ordre de succession dans les mesures prises, la manière de présenter les mesures, et tant d’autres choses analogues n’importaient pas en politique. Un concerto peut être ruiné si le chef d’orchestre fait attaquer telle note quelques secondes trop tôt ; et la politique, tellement plus complexe, pourrait se travailler comme une chose placée hors du temps et de l’espace ? Il n’en est rien. On a porté, on portera sur l’équipe gouvernementale de juin 1936 bien des jugements injustes par trop d’hostilité ou de faveur ; peut-être l’appréciation la plus juste consisterait-elle à les ranger parmi ces architectes qui ne savent faire que des dessins fort agréables sur le papier, mais non conformes aux lois des matériaux de construction ; ou parmi ces poètes qui ne savent écrire que des projets de poèmes rédigés en prose ; ou parmi ces auteurs dramatiques dont les œuvres font de l’effet sous forme de livres, mais ne passent jamais la rampe ; bref parmi tous ceux dont les bonnes intentions pavent l’enfer. Les gens de ce caractère, quand ils se mêlent d’agir, sont souvent traités de purs théoriciens ; mais ils pèchent au contraire par insuffisance de théorie. Ils ont négligé de méditer sur la matière et les instruments propres à leur art.

La méditation sur la matière et les instruments de l’art politique est plus facile aux dictateurs ou aux politiciens ambitieux qu’à d’autres, parce qu’ils méprisent les hommes. Un dictateur peut aimer très vivement son peuple, mais un tel amour ressemble probablement beaucoup à celui d’un cavalier pour un beau cheval ; cela peut être fort tendre, mais cela s’accommode parfaitement d’une vue claire, froide et cynique de l’usage du mors et de la cravache. Les hommes d’esprit sincèrement civique, comme Léon Blum, ont au cœur un tout autre amour, sans aucun mélange de mépris ; cet amour-là, comme les larmes, brouille la vue. Ce n’est pas qu’à l’égard des hommes le mépris soit plus justifié que l’estime ; il y a chez la plupart des hommes, ou plutôt chez tous, assez de bassesse et assez de vertu sublime pour justifier pleinement l’un ou l’autre. D’ailleurs le mépris ou l’estime des hommes, cela définit moins un jugement qu’une résolution prise une fois pour toutes soit d’utiliser leurs faiblesses, soit de contribuer à maintenir vivantes leurs grandeurs.

C’est pour une autre raison que le mépris des hommes favorise une vue lucide de l’art politique ; c’est parce que cet art a les hommes pour matière, et considérer les hommes comme une simple matière aux mains de quelques techniciens, c’est déjà une vue méprisante. Cependant, sans une telle vue, il n’y a pas d’art de gouverner. Aussi les grands hommes d’État, au cours de l’histoire, ont-ils presque tous et peut-être tous exercé leur génie dans le sens d’une plus grande oppression. Les Gracques, avec leur grand cœur et leur grande intelligence, n’ont su que périr misérablement, le plus noble sang du monde a ainsi coulé en vain, et l’histoire l’a presque oublié, alors qu’elle a immortalisé le nom d’Auguste.

On peut comprendre ainsi que ce gouvernement de juin 1936, dirigé par l’homme le plus intelligent de notre personnel politique, ait commis non seulement, comme il était inévitable, beaucoup de fautes, mais certaines fautes si grossières. Une intelligence ne peut être tout à fait vigoureuse sans un peu de cynisme, et le cynisme s’allie rarement à l’esprit civique. Mussolini a lu et médité Machiavel ; il l’a compris ; il n’a guère fait que l’appliquer. Léon Blum ne s’est certainement pas formé sur la lecture de Machiavel, ce physicien du pouvoir politique. Une telle formation l’aurait empêché de négliger quelques maximes lumineuses qui sont à l’exercice du pouvoir ce qu’est le solfège au chant.

L’une de ces maximes, c’est que celui qui s’empare du pouvoir doit prendre tout de suite toutes les mesures de rigueur qu’il estime nécessaires, et n’en plus prendre par la suite, ou en tout cas de moins en moins. Puisque les ministres socialistes croient à l’efficacité de certaines mesures fiscales et financières pour remplir les caisses de l’État, soutenir la monnaie et établir un peu de civisme en matière d’argent, ils devaient de toute évidence prendre ces mesures en juin 1936 et non un an plus tard. Il fallait à ce moment faire publiquement le bilan d’une situation déjà catastrophique et décider aussitôt toutes les mesures d’exception jugées désirables, y compris la dévaluation ; et tout ce qu’on a accusé par la suite le « mur d’argent » d’avoir empêché, il fallait le tenter alors. La droite, ou ce qu’on nomme ainsi, était alors résignée et préparée à recevoir des coups. Quand un pouvoir nouvellement institué commence par assener à ses adversaires les coups qu’il veut leur donner, puis les laisse à peu près tranquilles, ils lui savent gré de tout le mal qu’ils n’en souffrent pas ; quand il commence par ménager les adversaires, ils s’irritent ensuite de la moindre menace. Le pire de tout est de les ménager tout en laissant peser sans cesse sur eux des menaces vagues et jamais réalisées ; on s’attire alors à la fois l’hostilité et le mépris, et on se perd. C’est ce qui est arrivé.

Le principe fondamental du pouvoir et de toute action politique, c’est qu’il ne faut jamais présenter l’apparence de la faiblesse. La force se fait non seulement craindre, mais en même temps toujours un peu aimer, même par ceux qu’elle fait violemment plier sous elle ; la faiblesse non seulement n’est pas redoutée, mais inspire toujours un peu de mépris et de répulsion même à ceux qu’elle favorise. Il n’y a pas de vérité plus amère, et c’est pourquoi elle est généralement méconnue. Sylla, après son abdication, a vécu en parfaite sécurité dans cette Rome où il avait fait couler tant de sang ; les Gracques ont péri lâchement abandonnés par cette multitude à qui ils avaient voué leur vie. On croit généralement que les hommes se déterminent d’après des raisonnements soit sur la justice, soit sur leur intérêt ; en réalité l’empire de la force façonne souverainement sentiments et pensées. Combien de gens, sans même s’en rendre compte, concevaient et sentaient la question sociale, dont les données n’avaient pourtant pas changé, tout autrement en juin 1936 qu’en avril de la même année ! Les guerres sont suivies de révolutions dans les pays vaincus, non dans les pays vainqueurs. Pourtant le peuple vainqueur a autant de raisons de se révolter et autant de puissance pour le faire que le peuple vaincu ; mais celui-ci a en face de lui un État qui s’est montré faible. Cette force qui règne jusque dans les consciences est toujours en grande partie imaginaire. Le lion rampe devant le dompteur qui présente l’apparence d’une force invincible, et lui lèche la main ; le même lion dévore le dompteur qui a laissé voir de la crainte ou de l’irrésolution. L’individu en face de la foule est toujours un peu comme le dompteur devant le lion ; c’est la situation de l’homme au pouvoir.



Nous publions ici le projet d’article de Simone Weil sur les échecs du Front populaire, Méditations sur un cadavre, accompagné de sa variante, Méditation sur un cadavre (au singulier), qui apporte certaines nuances et précisions à son analyse. Ces textes ont été écrits durant l’été 1937, à la suite de la démission, le 21 juin 1937, du gouvernement Léon Blum issu du Front populaire.