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EN RÉSUMÉ

EN RÉSUMÉ
Le texte à pirater.
L'anticahier à brûler.

CE QUE TU DOIS APPRENDRE
ET RETENIR
majuscules toutes serrées
en bataillons
immenses
ROUGES
saut de ligne

et un extrait pointu
formulé comme une maxime
la cruchaleau tanva
fêlée
remplie d’eaufailles
— des foyes d’automne, dit ma mère
qui époussette les mobles car
elle ne sait pas dire les eu

de l’encrier dans les toilettes
rincer la poix collante au robinet
àcroucrou

s’essuyer du revers de main
ma bouche tachée provoque
tout autour
la terreur d’avoir été empoisonnée

réprouvée

poisonneuse

les mots encore étrangers à ma race

traverser la cour des garçons
yeux au sol
— qui ? partout court — qui ? partout hurle
moi dans l’espace en avancée
délibérée
sur le fil vide que
les pieds qui me précèdent tracent
sans rien attendre d’autre
qu’explosion imminente
(encore j’attends)

accrocher mon manteau babar&célestine
tenter de lire avec le doigt
quand toutes entrent, connaissent les règles
chuis pas une spécialiste
chuis — curieuse comme une chèvre
chuis — paresseuse comme une couleuvre
chuis — bête comme un âne

la vieille madamelavieille n’aime ni les animaux ni moi
je animal docile

la première phalange de mon majeur
tatouée d’un rond d’encre violette
éternellement

je lis la montagne et le loup

j’apprends à lire les batailles
marquée à peau
voix de son maître

aragon proteste contre l’invasion
de la tchécoslovaquie
on rouvre la sorbonne
personne ne me demande si j’ai
peur des boucliers de crs en noir & blanc
des voitures ventres à l’air à table
le dimanche dracula
à la séquence du spectateur
deux canines en mie de pain je pleure

à table
chuis animal
qui ne mange pas
sauf la croûte
du pain
et encore

hélène sent mauvais
je m’assois près d’elle dans la classe
fille de gitans
— mais je ne connais pas ce mot
des gens pas intéressants
dit ma mère
ma mère sait
ma mère s’intéresse
au prix des cerises l’été sur le
marché — je crie la mort

j’admire les poules
qui savent quoi regarder et où
leur œil gros souligné
chuis animal qui tire la main le bras
en criant Je ne veux pas
je crie la mort la tête
cognée
contre le mur du lit la nuit

le train amène du fer à la fonderie
où papa travaille
la nuit le bruit du train
s’entend de loin

un tambour dans les tempes
comme
un enfant harnaché
marcherait au pas dans la rue la nuit
la mort vient
peut-être prendre tous les animaux

le samedi on se repose
la banquette en velours marron
tout est semblable
les œillets d’inde alignés à intervalles réguliers
régulièrement
et tout ce qui n’est pas plié à angle droit
n’est pas intéressant

chuis chiffon
que je ne sais pas repasser
avoir le geste et la technique
je dessine des taches
exprès
le fil des pieds qui me précèdent
s’est séparé en deux
aiméetdétesté
qu’ils soient eux
dézangles
— dézingue

chuis tordue
ainsi le chien de pompéï
brûlé de lave en plâtre
chuis qui partout cours et crie et ne sais rien
gratte au carreau la buée
la vue bouchée
ensuite un grand canal
vidé de l’eau moi cruche
je marche au fond
sans fil ni
pieds à suivre
les arbres à intervalles réguliers
apaisent
lesaimeetlesdéteste
les écluses sont des accidents
qui reproduisent la fosse d’avant
heureusement que le pont de van g o g h
mais à part lui
je ne sais rien chuis
animal décrit imprécisément
tâtonnant
je dessine des écritures
pour m’entraîner

Maintenant je colle sur du carton
la carte de la lune
mer des humeurs

maintenant quand j’ai peur je dis
j’ai peur

maintenant j’ai gratté la buée
je vois par flashs des hommes tomber
des toits
tomber des volcans
des rizières
tomber des métros
des trottoirs
des routes
tomber du pont des soupiraux
du caporal tomber des berges
du canal
— là où je marche, dans la trouée

le choléra
la maladie de peau la terre
la maladie de crasse les hommes
qui ne protègent pas leurs petits
— ne travaillent pas à la fonderie

maintenant j’écoute
qu’est-ce que j’entends
la liste des désolations
e mille tre e mille tre
s’allonge
— leporello
ne revient pas le prix des cerises

alors j’alerte autour
je demande Vous aussi ?
vous aussi ?
et vous ?

j’attrape des manches à retenir
je place ma paume sur des joues
je caresse des tempes
je dis Et vous ? et vous ?

je serre dans mes bras
les museaux des ragondins à la surface
l’eau qui ride mon gros ventre
je serre dans mes bras
le duvet sur le carrelage
le soleil qui ride le ciment

je serre dans mes bras
le train arrêté trois fois
de l’oncle communiste
c’est noté sur la liste : Do Da
— liste de guerre —
Do pour Dora — Da pour Dachau
dorée la truite et ses viscères
les os à fleur de peau

je suis
animal
spongieux
amorphe
soudain réveil

quand je me lève je nettoie la douche
les grandes arabesques de mousse
les vitres les ciels
les cumulus qui creusent la poitrine
je nettoie
je nettoie les émotions brusques
le brutal
les larmes
les petits garçons assis après les bombes
les petites filles qui portent des bébés
je nettoie
sans rien laisser paraître

je prends dans mes bras
la petite balançoire
la petite piscine
la petite bille
le petit bouton
la petite égratignure
le petit caillou
la petite plume
le petit grain de sable
où toutes les couleurs fusexplosent
je ne fais pas d’effets de manche
j’alerte autour
je demande Et vous ?
et quand il se fait grand silence
j’oublie les larmàdracula

un homme dit
C’est dieu qui nous donne des crabes
ce même homme croit en donald trump
un homme dit
La tempête souffle les maisons
histoire de loups & montagne violette
et des récits à plus finir au bord de la piscine
petite
petit trottoir et petit soupirail

un homme dit Vous êtes des laquais
chuis une femme
je dis les petits poissons morts
sur le sable multicolore
l’émerveilleux

ma bouche tachée empoisonnée
je la savonne

quelqu’un gratte la surface du verre à la truelle
c’est un portrait
il dit C’est notre identité

je suis quelqu’une qui savonne sa bouche

alors je récupère du carton
pour y coller la carte
la lune mer des humeurs
cratère des tempes grises
marais de la putréfaction
je savonne les grandes arabesques
les douches
les joints jamais assez blanchis
jamais assez grisés
ni raturés
jamais assez violents
ni estompés

je savonne les mains faute de savoir sauf
je suis quelqu’une qui
savonne
à grands traits au fusain
savonne
avec la colle de farine
simple
comme le pain
savonne les briques de l’usine
la fonderie
savonne les enfants mangés
fixateur on the wall
la bétonnière
la bétaillère
savonne CE QUE TU DOIS APPRENDRE
ET RETENIR la mousse redonne de l’épaisseur
comme la buée réinvente les traces sur la vitre

il n’y a pas de ruptures
mais des entailles ça oui
ça saigne
ce qui saigne — savonner et un œil s’étale sur la façade
ce qui saigne — savonner et un œil roule les boucliers
ce qui saigne — savonner aux ventres des voitures carcasses
savonner ce qui saigne
la pietà
est ici
visible
partout sur la planète
et là
et là
et là

ENTRÉE GRATUITE

quelqu’une entre
elle va tomber

harnachée
petit tambour femelle

moi 3·SINGES
·yeux cachés
·bouche fermée
·oreilles closes

·yeux cachés quand les hommes tombent
les ils les elles et les petits

·bouche fermée quand je voudrais dire
ce qui n’a aucune importance
car je ne suis pas spécialiste

·oreilles closes quand criepartoutcrie

moi animal 3·SINGES
mais je ne suis pas seule
quelqu’une quelqu’un se cache aussi les yeux
car c’est trop de douleur
se bande aussi la bouche des cris lacérations
bouche aussi ses oreilles les enroule compassion
et alternativement
nos mains travaillent

masquer
ouvrir
entendre
fermer
chacun chacune à notre tour

en ordre d’apparition

au bord de l’étagère chacun chacune
poussant les pieds qui nous précèdent
chacun chacune privé d’émerveilleux et le cherchant
en alternant

oreilles closes c’est dommage
3·SINGES m’entendez-vous ?

·yeux cachés c’est dommage : les bêtes de la mer
resteront inconnues
— celle-ci agite
son appât luminescent, celle-ci se déplace en
coulant comme une
goutte, celle-ci est
transparente, ses tentacules
pourraient
fleurir

·bouche fermée c’est dommage : ça empêche
de remercier

je voudrais dire merci

merci pour les tentacules fleurs
merci pour papier volant en forme de coquelicot
merci pour le fil électrique
qui pend en question posée à l’envers à qui veut bien
passer
et merci pour les confettis
tous

— les graffitis
merci
merci à qui essuie les larmes avec sa chemise
merci à une
qui porte les sacs trop lourds pour des bras trop petits

merci pour le dieu de l’olympe
son faisceau derrière le nuage
merci pour la foye et le moble
l’incendie les fournaises et le métal poli
en arrondi
parfait

merci à qui répare les chaussures
merci pour
la dentelle
et les gravats
pour l’alarme
des enfants de graines mangées
merci pour les pigeons chamaillent
et le caillou à tête humaine

merci pour le lait ciel inaccessible
pour le ronron de la turbine
qui réchauffe et protège

moi animal
qui remercie
chaque passant passante
tournant en orbite autour de l’arbre
(pour les écritures je m’entraîne)

je ne suis pas spécialiste
de la vie
mais je suis spécialiste
des remerciements

merci le vol du merle
qui virgule le fauteuil roulant
merci l’hésitation
à mettre la main sur l’épaule

merci le pas identique
et le sommeil
merci pour LA PHOTO DE GROUPE

encre de Chine de C. Jeanney



Les encres de Chine sont de C. Jeanney.