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Devenir-ordure

Devenir-ordure
Le texte à pirater.
L'anticahier à brûler.

Prolégomènes à un animisme marxiste

Matière où il n’y a pas de dieux ; les principes, comme forces, essences, substances, éléments, rémissions, productions ; les manières d’être ou modalités comme intensités produites, vibrations, souffles, Nombres. Et enfin la difficulté d’atteindre à ce monde de l’Anarchie couronnée, si l’on en reste aux organes, « le foie qui rend la peau jaune, le cerveau qui se syphilise, l’intestin qui chasse l’ordure », et si l’on reste enfermé dans l’organisme, ou dans une strate qui bloque les flux et nous fixe dans notre monde ici.
— Deleuze, Mille plateaux.

Chose-ordure. — L’ordure est une chance. Elle préfigure les perspectives ontologiques du devenir. Accepter l’ordure augure ce que l’être peut avoir de dynamique. Elle ramène le sujet aux reflets de sa progression dans l’être, qui s’inscrit lui-même dans une potentialité en soi des spatialités qu’il compose. L’ordure se présente comme une symbolique de la jonction du commencement au recommencement. Il est convenu de considérer la progression du sujet dans son être comme un cheminement qui va d’un événement-avènement à un événement-achèvement. L’ordure se saisit ainsi, avec une facilité troublée par l’idéologie des apparences religieuses de la matière, tel un point d’orgue de l’apparition. Ce qui apparaît découvre son effondrement dans l’ordure, mais l’ordure n’est pas une chose en soi, elle n’a pas d’état statique. Sa symbolique n’en est pas plus une symbolique des significations de la fin, mais une symbolique du symbole lui-même, sumbállô, un état qui porte l’idée antique de la confrontation. La matière va à la matière, et la dialectique suinte de l’ordure. L’ordure s’inscrit dans un champ de causalité où tout effet s’entrechoque soit à une autre cause soit à un autre effet, voire à lui-même, et devient à son tour une cause nouvelle de sa progression dans l’être.

L’ordure se fait mouvement négatif, non en tant que mouvement négateur, mais en tant que mouvement affirmant par la négation. Il y a dans la représentation de l’ordure, celle n’arrivant pas à dépasser les finitudes de la durée, une négation négatrice de la durée, mais, contre cette représentation, nous avançons l’idée d’une infinitude du temps humain, de son inscription dans le tournoiement d’un retour sur lui-même, éternel, qui laisse l’ordure s’avancer cette fois comme l’opportunité d’entendre la négation négative, et non négatrice, qui anime la dynamique de cette infinitude. L’ordure est une négation de la négation qui s’incorpore en soi dans la chose du réel, tout en dévoilant ce que le réel a de dimensions non chosifiées, comme une énergie du devenir propre à la spatialité elle-même. Elle porte de telle façon une idée de la matérialité spatiale de la temporalité qui se joint à celle de la matérialité de l’invisible qui sous-tend les mécaniques du visible. L’ordure affirme que le temps n’existe pas en tant que dimension temporelle, mais en tant que dimension spatiale qui se contracte et contracte sa puissance dans la chose-ordure, en sous-tendant les mécaniques du visible. Cette chose-ordure grouille comme grouillent les marges d’un trou noir. Elle fait voir, met à disposition du visible l’invisible des contingences de l’espace, qui préexiste dans le visible au travers justement de ce lien qui unit le visible à l’invisible par une symbolique du symbole : la chose-ordure.

La chose-ordure réifie un grouillement de l’ordure, dont émane la puissance entremêlée des temporalités passée et à venir, dans une confusion de ce qu’elles ont été et de ce qu’elles seront. Cette ambivalence temporelle au sein même de la chose-ordure explicite l’idée d’une inexistence de la temporalité-temps tel un continuum de l’espace, et affirme celle d’une temporalité-espace qui serait une série d’hybridations spatiales se retournant sur elles-mêmes. L’ordure étale ses distorsions du réel et montre que le temps est une dimension transformatrice de l’espace. Elle contient la contraction de la durée de l’être qui attend son retour extensif à l’être. Perdurer dans l’être, c’est perdurer dans l’ordure. Et la force ontologique de la persistance dans la durée de l’être, quelle que soit la spatialité de ses contorsions, se cristallise dans le devenir-ordure. Dans le sens de cette dynamique générale de l’espace, le devenir est l’unique mode d’être de l’être. Le devenir ne peut se saisir dans la fixité d’une définition si ce n’est dans l’état d’une dynamique qui ferait du devenir le devenir de lui-même, et le devenir du devenir ne serait alors autre qu’une direction vers la chose-ordure en tant que point de fuite de l’espace temporel. L’ordure compose de telle manière un repère de l’absence de fins où le mouvement se définit comme une réflexivité du mouvement. Ce devenir-ordure, en tant que mode d’être de l’être, en tant que mouvement du mouvement, en tant que métamouvement, propulse le devenir vers son devenir dans une perpétuelle dilatation de l’espace, où l’accélération de la dilatation s’explique par la récursivité de la dynamique de l’être : le devenir-ordure est une catalyse de la dynamique de l’être.

Corps-ordure. — La bactérie est la voie. Il y a en elle la dualité de la représentation humaine qui vacille entre l’événement-achèvement des putréfactions et l’événement-avènement des formations, mais la bactérie est la voie car elle a l’unité d’essence qui se présente en l’événement-événement des transformations. L’ordure est figée en la figure négatrice du vivant. Son image a le caractère qui dénie la force qui croît, mais le déni est au déni, et la représentation humaine est saisie par l’effroi de s’enfouir en l’ordure et d’y sentir le grouillement bactériologique qui nie le déni, déploie contre cette représentation de la négation négatrice une présentation de la négation négative, dans tout ce qu’elle peut avoir de foisonnement.

La raison irrationnelle de l’humain tournoie autour des religiosités de l’infime. La poussière menace ce qui s’édifie, mais la ruine n’est pas une fin, elle est un état transitionnel, et l’humain qui retourne à la poussière, ne retourne pas au néant, mais aux principes des lois de la thermodynamique. C’est dans l’humus qu’il délaisse, que l’humain doit enfouir sa raison irrationnelle pour y sentir le grouillement de ce qui est, et de qu’il se refuse d’être. L’humain pullule, et parce qu’il pullule il ressent l’effroi de ce qui pullule davantage que lui : ses origines en la bactérie, dénuées de quelques engoncements idéologiques, dénudées des chairs qui questionnent leur putréfaction à venir. La bactérie est tout entière à son agitation, et parce qu’elle se destine tout entière à la croissance pure de son être, la bactérie est la voie de l’être vers l’être. La bactérie est l’issue des impasses du devenir trop humain de l’humain. La bactérie étend le cheminement retour, contre l’humain, vers ce qu’il demeure de biologique en l’humain, et par biologique il est nécessaire d’entendre la perpétuelle mutation de la vie qui va à la vie, sans aucune tentative conservatrice de figer un état de la biologie, ainsi, en soi, la biologie est cette raison du vivant qui perpétue microscopiquement l’étirement d’une physique, qui n’a de cesse d’ajouter du devenir à son devenir, de faire de l’espace une accélération de la croissance.

Par la symbolique de la bactérie, l’humain peut se résoudre. La bactérie est son monstre et la monstration de son opportunité. La bactérie a en elle la potentialité de ses transformations, et par la bactérie, le corps humain doit remonter au corps-ordure, qui ne connaît aucune immobilité de la durée, mais ne fait qu’affirmer, par une négation de la négation, sa décorporation de l’idée fixe de forme humaine, son incorporation dans l’infinitude du remuement biologique. Le corps-ordure est une affirmation négative de la mutation. Il a en lui la puissance d’une multitude exponentielle des possibilités. Le corps-ordure est son propre monstre. Son geste de devenir indique la geste de ses mutations, et cette multitude exponentielle des possibles que le corps-ordure doit habiter, dont il doit fouiller la moelle pour y faire cité, demeure la seule poétique politique de l’ordure.

Ordure, horreo, se hérisser : le corps va à ses retranchements, il se situe à la lisière de lui-même, il aperçoit sa faculté de traverser les marges, d’être l’extension, de rejoindre l’être de l’ordure, cette ordure qui trafique l’idéologie des fixités de l’être pour y graver un mouvement d’échappée face à la négation négatrice d’une réalité des extensions. C’est avec cette tension des extensions, propre aux mystères de l’énergie noire et des matières invisibles du cosmos, que le délaissement de la vie humaine pour le recouvrement de la vie biologique, tautologie des évidences masquées, doit découvrir son effervescence. Le corps se confond à l’ordure. Il déchire la finitude de sa peau, il révèle l’ampleur des mutations inhumaines de son devenir. La vie néglige la vie humaine, si celle-ci la néglige à son tour. La seule résolution possible des négligences est pour le corps le dépassement des finitudes de la vie humaine pour une fusion à une vie inhumaine, à une vie entièrement biologique. À cette fin, la bactérie démontre au corps la potentialité du corps-ordure. Le corps se hérisse, embrasse l’ordure, rejoint la vie brute. Il traverse sa propre fixité pour faire de sa déformation une transformation qui communie avec les transformations cosmiques. Le corps-ordure s’accorde à être la négation négative de la négation négatrice des développements du soi, qui n’est autre qu’une tentative éperdue, moderne de faire du devenir-soi un cloisonnement de la forme humaine, prise avec son individuation. La bactérie grouille au-delà de toute individuation, et sa monstration démontre que l’imaginaire des continuités inchangées, distant des prédictions d’un devenir du soi conjugué au devenir-soi de la vie, et conséquemment de la physique, est un effroi de la vie humaine qui se refuse à traverser la vie biologique. Le corps-ordure libère cet imaginaire. Il rejoint l’image de la métamorphose. Il n’envisage pas la fixité de son être, mais sa persistance. Cette persistance s’entend contre toute idée d’individuation. La persistance en l’être de l’ordure est une persistance d’ensemble.

La bactérie ne va pas seule à son devenir, celui-ci suggère en soi la présence indissociable de la multitude bactériologique, puisque la bactérie croît et révèle son essence dans la multiplication de son être. Le drame moderne du corps humain est d’avoir perdu le sens de cette communion avec la multitude du corps humain. Le corps humain moderne est une frontière, il ne découvre son miroitement que dans sa seule finitude. Cette individuation a fait du corps une barrière et par cette barrière, l’humain ne se traverse plus, il s’emprisonne dans une fixité illusoire de sa vie humaine, oubliant les connexions inhumaines du vivant au vivant, l’empêchant d’être saisi dans une quelconque idée de singularité. La vie est une pluralité, et parce que la vie est une pluralité, la conception individuante du corps humain est une négation négatrice de la vie. Le corps trouve néanmoins une solution dans la négation négative de l’ordure qui expose comme un paradigme la dialectique de la vie, du vivant au vivant, de celui qui sait encore se traverser, qui sait faire nombre. Le corps-ordure compose un organisme pluriel qui se définit par les tiraillements de ses marges, les déformations de sa spatialité qui le font courir en parallèle de la course du cosmos. L’être du corps-ordure rejoint le devenir de toute chose. Son devenir-ordure est une jonction avec ce que le cosmos révèle de dynamique.

Le corps-ordure s’envisage comme un tout dont la recherche d’une quelconque granularité correspond à une négation négatrice de ce tout, puisque la puissance de la négation négative du corps-ordure demeure dans une pluralité dont la fluidité n’accorde rien à l’existence d’une singularité. Le corps du corps-ordure est une totalité ou n’est pas. Extraire du corps-ordure une existence singulière revient à condamner le résultat existentiel de cette extraction à la finitude de l’individuation et de sa durée, et, par conséquent, à l’impossibilité du déploiement d’une négation négative qui va à la vie uniquement en tant qu’expression plurielle d’une forme plurielle, qui recherche son existence dans une ex-sistance de sa pluralité, son existence n’étant ainsi qu’une perpétuelle extension de sa propre pluralité. La bactérie demeure la monstration de cette pluralité, et le corps-ordure doit faire de sa corporéité une pluralité du grouillement. La corporéité du corps-ordure ne peut être que celle de l’essaim.

Le langage-ordure. — Le corps est la bactérie du devenir-ordure, la matrice des transformations de la spatialité où s’inscrit l’infinitude de son mouvement. Ce mouvement doit être arraché à sa gangue humaine pour qu’il puisse transmettre au corps devenu ordure sa motricité dans l’être. L’être est inhumain, il va à toute chose, devient en toute chose, et fait devenir toute chose. Sa mécanique est celle de la transformation. C’est ce mouvement qui doit devenir le langage du corps-ordure. C’est ce mouvement qui peut être seul le langage-ordure comme négation négative de la langue humaine, comme délaissement de toutes formes de langue pour étendre la possibilité de l’échange au sein de la multitude grouillante du corps-ordure. La langue du corps-ordure est un langage qui détruit l’idée même de langue pour faire du mouvement l’essence de la communication du corps-ordure. Ce langage s’impose à lui-même une constance de la lutte contre toute fixité de ses structures communicationnelles.

La commutation des signes par des signes nouveaux fait du langage-ordure une fabrique d’un mouvement langagier qui quête en l’impermanence du signifiant un modèle des mutations du signifié. La fluctuation devient la seule grammaire du langage-ordure. Il faut que le langage-ordure se confronte à la raison, aux finitudes linguistiques de sa forme humaine, qu’il y applique sa dialectique du devenir-ordure pour la libérer du verbe et de l’abîme de ses miroitements. Le langage-ordure doit mettre dans la langue humaine le poison de son contentement représentatif, l’emprisonner dans la boucle infinie d’une récursivité qui fait de toute langue une impossibilité de l’énonciation de la représentation de son propre dépassement, puisque ce dépassement ne peut s’entendre dans cette langue sans être déjà dépassé. Le langage-ordure doit s’armer de l’indicible de son mouvement transformateur pour laisser la langue à sa putréfaction et constituer cette putréfaction en terreau de danses langagières nouvelles. Comme tout langage est un mouvement, y compris celui limité de la langue, il est indispensable de rechercher l’extension de ce mouvement, pour que le langage se renouvelle sans cesse. Cette disjonction du langage-ordure avec la langue humaine enjoint à forger une multiplicité de jonctions langagières aux dynamiques de la physique. C’est vers sa perpétuelle croissance que se dirigent les excroissances motrices du langage-ordure.

Politique-ordure. — Le désordre est l’ordre des contingences. La dégénérescence est la régénérescence des possibles. Le désordre de l’ordure est un ordre qui mesure la complexité des transformations de la matière. L’ordre découle des enchevêtrements de l’ordure qui établissent en sa structure autant de connexions nécessaires à la fabrique de son devenir. La dégénérescence est quant à elle un signe de la transformation qui suppose non une fin mais un retour à l’émergence de nouveaux possibles de la dynamique interne de l’ordure. La transformation d’une composante de l’ordure se subsume à la mécanique globale et fluide du devenir-ordure. La dégénérescence induit une potentialité de ce qui va se recomposer par la décomposition, et exprime une transformation essentielle et constante qui fonde la politique-ordure.

C’est dans la fluidité du devenir-ordure que se retrouve le substrat d’une politique de la circulation démocratique de l’information. Sa distribution équivalente à toute la multitude, jusqu’à son stade microscopique, organise un réseau se recomposant sans cesse comme structure mobile à l’expression de son devenir. L’occupation d’une part de l’ensemble, aussi microscopique soit-elle, avec l’agitation que suppose cette occupation à ce stade, participe à un faire du devenir-ordure comme faire le devenir-ordure. De cette façon, la politique-ordure trouve dans le désordre et la dégénérescence une perspective lumineuse vers une agitation conquérante d’elle-même, qui trouve en son tournoiement la catalyse nécessaire à l’accélération de ses extensions. Ce rapport fluide entre le microcosme et le devenir macroscopique d’un tout informe fait de la politique-ordure une politique essentiellement démocratique de son propre devenir.

La politique du devenir-ordure de la multitude entraîne le plein devenir-soi de la multitude. Elle s’occupe, elle occupe son temps, elle occupe son espace, elle occupe son temps-espace, elle occupe son devenir. L’acceptation par l’ordure de l’occupation réflexive comme conquête de son devenir-soi est une libération correspondant à une conscience d’une volonté qui se propage vers la puissance qui habite chaque dimension de son agitation. L’état de liberté de la multitude n’existe pas, si ce n’est une liberté entendue comme une perpétuelle libération d’elle-même. Dans cette récursion d’une liberté se libérant, il y a la mise en abyme d’une recherche d’un déchirement des fixités jusqu’aux possibles que révèlent les séparations de ce qui se positionne comme acquis. L’ordure démontre par son grouillement qui établit un devenir dans une spatialité temporelle de son être, en laissant entendre un état de continuelle transformation. À l’image de la bactérie, ce mode d’être s’inscrit à la fois dans une multiplication créant la spatialité de son devenir et dans une temporalité de la propagation qui ne se satisfait ni d’aucune immobilité d’état ni d’aucune finitude de celui-ci. Cette temporalité du mouvement conduit à l’acquisition de ce phénomène récursif de la libération qui ne se contente jamais d’un état libéré mais trouve sa dynamique dans un état libérateur. Le devenir-ordure se libère continuellement de lui-même en créant par son mode d’être l’espace de son devenir, et par cette création de l’espace de son propre devenir, le devenir-ordure détermine un espace de libération pour les expressions de la multitude qui l’anime.

Dans le toujours plus de sa propre croissance, la volonté révèle sa panoplie du faire. Le toujours plus est une quête de l’extension du soi, un refus de la fixation de l’être dans l’être, une persistance comme une mutation ontologique. La politique-ordure ne se contente plus de l’agir ou du réagir, elle s’inscrit entièrement dans cette fabrique du toujours plus, elle se sonde elle-même dans ce phénomène du faire. Sa conquête de l’espace de son devenir par le grouillement propre de sa multitude façonne un espace d’expression de ce qui compose cette multitude. Ce façonnage engage un foisonnement de l’être par une circulation libre de l’information. Il arrange un état naturel de l’agitation comme seul mode d’expression et de transmission de l’information nécessaire au toujours plus de son devenir. L’agitation, qui anime telle une constante la politique-ordure, participe à la plasticité du devenir qu’elle vise. Les extensions qui résulte de son faire étendent non seulement sa spatialité devenante, mais composent les déformations perpétuelles de son être. Son devenir devient pli et repli, puis tension et extension. Il mène ses surfaces à la déchirure, son essence à l’ébullition. C’est en son sein que le devenir déploie ces déformations perpétuelles en une organisation de l’expression démocratique par une information liquide, dont la fluidité construit une permanence transformatrice du faire.

La liquidité de la démocratie de la politique-ordure liquide l’idée moderne de la démocratie, elle creuse son sens, y fouille l’organisation cybernétique des composantes d’un tout dont l’être est insécable, révèle une fluidité du pouvoir qui s’en retourne continuellement à sa destitution. La politique-ordure se comprend comme une écologie, une raison libérée qui recherche l’extension de ce qu’elle habite. Cette politique-ordure en tant qu’écologie-ordure dispose une économie dans le sens qu’elle instaure un ordre à partir de son désordre, des règles aux déformations de l’habitation de son être. Sa norme va à une continuelle destitution de ce qui la fonde afin de refonder sa mécanique tendue vers un toujours plus de son être.

La mesure de l’ordure est une acceptation de la démesure de l’être. S’y inscrit une nécessité pour l’ordure du devenir-ordure afin d’étendre l’intensité qui remue essentiellement en sa spatialité. La politique-ordure lutte contre l’hubris du monde, par un désœuvrement des fonctions politiques qui encombrent son devenir. La politique-ordure tente de contaminer le monde par les extensions de son être, elle y instille l’hybridation de l’être pour destituer l’hubris du monde, ainsi, la mesure cherche sa démesure, elle veut le monstre des monstrations de la brisure des temps. Et c’est dans l’ordure que la politique découvre une communion à la matière même, à la matière qui se cache en la matière, à l’énergie brute de ses croissances silencieuses. L’économie qui découle de la politique-ordure est une institution destituante, une production d’œuvres désœuvrantes dont les normes invitent à une acceptation de la démesure, acceptation inscrite dans une dialectique de la matière. Cette économie-ordure est une pratique de la négation négative qui révèle en toute matière l’être qui y remue, qui cherche incessamment sa métamorphose.

La persistance de l’être dans l’être anime l’œuvre désœuvrante de la politique-ordure, œuvre qui révèle dans la confusion de l’être au monde le moyen d’établir un mode d’être comme une symbiose consciente avec les mécaniques qui sous-tendent le réel. La mesure de la politique-ordure est la démesure désœuvrante de la multitude qui répond à la démesure œuvrante du monde qui l’empêche. La négation négative de l’humain doit être visée par le devenir-ordure telle une communion avec le devenir de l’être lui-même. Il s’agit d’une politique de la persistance de l’être dans l’être, du devenir dans le devenir. L’inhumain est la politique des transformations de l’humain, elle est l’opportunité du mutant et de la bigarrure de ses mutations.



Ce texte s’inscrit dans une série de réflexions tentant de définir ce que serait un animisme marxiste.